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EBH Cap Santé. Une école pour apprendre l’herboristerie et le pouvoir bénéfique des plantes


Publié le 11/09/2022 à 15h36

Écrit par Catherine Bazille

Légende photo : Julie Le Pann et Prunelle Bonnard sont paysannes-herboristes à la ferme de l’Arpente • © Catherine Bazille

C’est un métier qui a bien failli disparaître. La profession, rendue illégale en 1941, exercée par les derniers diplômés jusque dans les années 80, suscite aujourd’hui des vocations de plus en plus nombreuses. L’Ecole Bretonne d’Herboristerie créée en 1995 ache complet.

Au jardin de l’Arpente, c’est la saison de la cueillette. Ce matin là, Julie Le Pann et Prunelle Bonnard récoltent mauves, calendulas, bleuets et coquelicots. Les fleurs sont délicatement déposées dans des paniers. Elles seront ensuite séchées le plus naturellement possible pour garder toutes leurs propriétés.

Avec Dorothée Guitton, elles ont créé une ferme de plantes aromatiques et médicinales dans le Cap Sizun et le Pays Bigouden, il y a une dizaine d’années. Toutes les trois sont paysannes-herboristes. Elles cultivent, transforment, vendent sur les marchés tisanes, huiles et baumes.

L’idée de travailler au rythme des saisons avec la nature s’est imposée au fil de rencontres.

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Mise en pots d’huiles de soin réalisées à partir de plantes • © Florence Malésieux

D’abord ergothérapeute, Dorothée a voyagé, fascinée par les cultures ancestrales. Elle s’est rendue compte qu’il y avait aussi des cueilleurs en France et qu’il était possible de vivre ce rapport aux plantes, d’en faire un métier.

C’est fascinant de se rendre compte que la nature est aussi notre soin. Les plantes produisent des molécules. On ne sait pas pourquoi elles les produisent mais on sait ce qu’elles génèrent sur nos organismes.
Dorothée Guitton, paysanne-herboriste

Titulaire d’une licence de lettres modernes, Julie était animatrice socio- culturelle avant de se consacrer à l’univers des plantes. « Je voulais faire partie d’un pays, d’un paysage. Prendre soin de la nature et de nous les humains. Les plantes aromatiques, médicinales, semi-sauvages réunissaient le mieux tous ces aspects », explique-t-elle.

De son côté, Prunelle, citadine d’origine, cherchait une activité proche de la nature, en lien avec les saisons, le climat. Elle souhaitait travailler en extérieur à une cadence qui lui corresponde.

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« Je me suis demandé comment respecter la planète si je ne respectais pas mes propres limites. Ce cheminement m’a amené à chercher un métier qui soit aussi un mode de vie, qui me permette d’être plus proche de la nature. Je voulais respecter mes propres rythmes, me faire du bien tout en travaillant ».

Les plantes, patrimoine culturel commun

Julie, Dorothée et Prunelle ont suivi une formation de deux ans en école d’herboristerie pour connaître les propriétés des plantes, leurs vertus et leurs dangers. Elles savent celles qui favorisent le sommeil, apaisent les irritations ou calment le stress. Des savoirs ancestraux qu’elles ont interdiction de partager sous peine d’être accusées d’exercice illégal de la pharmacie.

Sur leurs sachets de tisanes, des noms sans allusion à la santé comme « Où vont les filles ? » « Au fil de l’eau » ou « Cueillette de sous-bois ». Des plantes pour soulager les petits maux du quotidien.

1941 : le diplôme d’herboriste aboli par le régime de Vichy

En France, une loi de 1941, toujours en vigueur, interdit l’exercice de l’herboristerie comme pratique de santé. Du jour au lendemain, le diplôme d’herboriste a été supprimé par le Gouvernement de Vichy. Depuis, seuls les pharmaciens sont habilités à vendre des plantes médicinales et à offrir des conseils en lien avec elles.

Cette décision prise sous l’occupation allemande, en pleine confusion, est d’abord passée inaperçue. Après la guerre, les herboristes ont tenté pendant plusieurs décennies de rouvrir l’école, de faire abroger cette loi. En vain.

A l’aube des années 80, les officines d’herboristerie ont disparu. Quand les derniers herboristes diplômés ont cessé leur activité.

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L’une des dernières herboristeries de France en 1978 • © INA

Contrairement au Royaume-Uni, à la Suisse, la Belgique, ou l’Allemagne, où le métier d’herboriste existe légalement, en France, la législation est restée très restrictive.

Seules, 39 plantes inscrites à pharmacopée ont été libérées à la vente en 1979, puis 148 en 2008. La proposition de loi du sénateur Jean-Luc Fichet en 2011 pour restaurer la profession d’herboriste n’a trouvé aucun écho.

Tout comme la mission d’information lancée par le Sénateur Joël Labbé en 2018 pour créer un diplôme d’Etat et organiser une véritable filière est restée lettre morte.

2022 : les plantes toujours sous monopole pharmaceutique

Pour autant, l’engouement des français pour les plantes médicinales grandit au fil des années.

La demande de soins plus naturels concerne toutes les générations. Les cinq écoles d’herboristerie de France réunies en Fédération attirent de plus en plus de candidat(e)s.

plantes, botanique, chimie, anatomie, physiologie, le cursus se déroule sur deux ans, sanctionné par un certificat de compétence en herboristerie.

L’établissement créé en 1995 a commencé avec une trentaine de stagiaires. Il accueille aujourd’hui 96 élèves en première année et 96 en seconde. La formation affiche complet.

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L’herboristerie, une lière, des métiers ? • © Bruno Van Wassenhove

Ces futurs herboristes viennent d’horizons très différents. Ils sont enseignants, agriculteurs, jardiniers… Un tiers d’entre eux viennent du monde de la santé – infirmières, médecins, pharmaciens, sages-femmes -. Ils sont parents ou grands-parents. Tout(e)s ont soif d’autre chose.

Ils viennent chercher le vivant, le lien à la nature, des savoirs pour se réapproprier leur santé
Marie-Jo Fourès, co-fondatrice de l’Ecole Bretonne d’Herboristerie

l’essentiel, l’essence même de ce qui nous nourrit et nous soigne » explique Marie-Jo Fourès, co-fondatrice de l’Ecole Bretonne d’Herboristerie.

Infirmière et phytothérapeute, cette experte du monde végétal est persuadée que l’herboristerie ouvre à de nouveaux métiers qui ont du sens. La reconnaissance légale de l’activité pourrait permettre de développer une filière ( production – transformation – vente – formation), et de créer des emplois.

« Il faut des écoles comme la nôtre pour ouvrir le monde sur une nouvelle façon de voir la vie, la santé, le travail » conclue-t-elle. « Parce que l’on s’interroge sur cette société qui est malade, il faut trouver des solutions. L’herboristerie en est une ».

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